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Par : Vetosteo
Publié : 8 juillet 2014

Quand utiliser l’ostéopathie ?

Bien que les principes fondamentaux de l’ostéopathie aient vu le jour dès la fin du XIXème siècle, une ostéopathie vétérinaire codifiée et moderne devra cependant attendre les années 1950 pour émerger en France sous l’impulsion de vétérinaires visionnaires ou d’ostéopathes curieux et motivés. Actuellement, un enseignement d’ostéopathie vétérinaire est mis en place dans une école vétérinaire française, ce qui montre bien la validité et l’intérêt de cette approche. Il existe donc maintenant dans l’hexagone un véritable réseau de praticiens ostéopathes de la santé animale.

DEUX APPROCHES DIFFÉRENTES DANS L’OSTÉOPATHIE

L’ostéopathie structurelle est une technique palpatoire directe ; elle se rapproche de la chiropraxie et de la vertébrothérapie, mais intéresse la totalité de l’organisme, contrairement à ces autres méthodes qui se limitent à la colonne vertébrale. La recherche des sites lésionnels s’effectue à l’aide de trois étapes. La première consiste en des tests statiques, permettant de visualiser des défauts d’aplomb des membres, ainsi que de port de tête ou de queue. La deuxième est représentée par les tests dynamiques, dont les seuls réellement réalisables en pratique sont la marche et éventuellement la course. En effet, les autres tests dynamiques, largement employés en ostéopathie humaine, nécessitent trop la bonne volonté du patient et sont par conséquent irréalisables correctement en médecine vétérinaire. La troisième est une palpation soignée des structures ostéo-articulaires, afin de mettre en évidence toute modification anatomique, aussi légère soit-elle. Ce diagnostic global permet la détermination précise des zones lésées ainsi que leurs caractéristiques mécaniques. Une remise en place de ces éléments est alors possible. Les manipulations nécessaires sont codifiées et sont généralement mise en œuvre sur un animal vigile. En effet, l’ostéopathe a besoin de la réponse de l’organisme à son action pour pouvoir doser efficacement celle-ci sans risquer de dépasser les limites physiologiques acceptables du jeu articulaire. Aller à l’encontre de ce principe, sauf cas exceptionnel, expose l’animal à des conséquences parfois néfastes, telle que l’expression d’une hernie discale vraie. Une connaissance approfondie de l’anatomie est la condition sine qua non de ce type de travail. Par ailleurs, les particularités spécifiques (conformation, taille, etc.) font que les techniques de correction diffèrent d’une espèce à l’autre.

L’ostéopathie crânienne nécessite l’analyse du Mouvement Respiratoire Primaire, rythme oscillant du tissu conjonctif de l’ensemble de l’organisme, extrêmement tenu, et utilisé tant pour le diagnostic que pour le traitement des lésions. Chez le chien et le chat, ce mouvement se perçoit comme un glissement du tissu conjonctif, sans difficulté avec l’entraînement, au niveau du fascia lombaire. Pourtant, le praticien peut le ressentir sur l’ensemble de la surface du corps, puisque ce mouvement intéresse la totalité du tissu conjonctif. Ainsi, le mouvement respiratoire primaire des lombes est décrit comme une ove aplatie dont le grand axe est parallèle au rachis, et dont le rythme est d’une dizaine de cycle par minute. Une lésion ostéopathique se traduit par une perturbation dans l’allure ou le rythme du Mouvement Respiratoire Primaire. Sa correction passe par des techniques de rééquilibration de ce mouvement. Cette méthode est universelle dans toutes les espèces, bien que les allures du Mouvement Respiratoire Primaire puissent être différentes. C’est elle qui permet à un ostéopathe de pouvoir aider tout animal demandant des soins de nature manipulatoire sans risquer pour autant de créer un désordre ostéo-articulaire non souhaité.

TROIS GRANDS AXES THÉRAPEUTIQUES

Lorsque l’on parle d’ostéopathie, on associe immédiatement à cette thérapie les troubles du système articulaire.

La base de la lésion ostéopathique d’une articulation se situe dans une réaction anormale du réflexe myotatique : lors d’un mouvement de l’articulation allant au-delà des limites physiologiques du système capsulo-ligamentaire, la contraction du muscle incriminé devient spastique et aboutit à une véritable crampe. L’articulation concernée reste alors dans cette position non physiologique. Une palpation fine permet de dépister ces éléments pathologiques.

En fonction de leur topologie, on distingue deux grands groupes de lésions.

Les lésions vertébrales sont les plus classiquement décrites. Elles concernent n’importe quelle vertèbre et sont à l’origine des diverses cervicalgies, lombalgies et autres dorsalgies que l’on rencontre fréquemment en clientèle. Les zones vertébrales les plus touchées sont les charnières de la colonne, c’est-à-dire les portions de mobilité maximale. Le bloc Occipital/atlas/axis est à l’origine d’un syndrome cervicalgique suraigu. L’animal pousse des cris fulgurants, même lorsqu’il est apparemment au repos. Très vite, il est prostré, allant jusqu’à refuser de s’alimenter ; cela est dû tout autant à la douleur sourde des muscles para vertébraux contractés qu’à la peur d’une nouvelle crise aigue.

Une lésion de la zone allant de la sixième cervicale (C6) à la deuxième dorsale (D2) aboutit volontiers à un syndrome de névralgie cervico-brachiale par irritation des racines du plexus brachial. L’animal présente alors une boiterie unilatérale d’un antérieur, le plus souvent sans suppression totale d’appui. Ce type de boiterie rétrocède facilement à l’administration d’AINS, mais revient dès l’arrêt du traitement. Le même syndrome touche le membre postérieur par lésion de la zone L3-L6, qui correspond aux racines du nerf sciatique, ou de l’articulation coxo-sacrée ipsilatérale. Quant aux blocages de la zone dorsolombaire (classiquement D10-L2), ils provoquent un dos voussé, les postérieurs placés sous l’animal, attitude antalgique qui s’apparente à celle de l’abdomen aigu, évidemment sans symptomatologie abdominale. Il est cependant fondamental de ne pas omettre dans le diagnostic différentiel les hernies discales lombaires plus ou moins complètes, celles-ci étant une contre-indication des techniques manipulatoires directes.

Enfin, les modifications de port de queue trouvent fréquemment leur origine dans une lésion entre la deuxième vertèbre sacré (S2)- et la deuxième vertèbre coccigienne (Coc2).

La plupart des boiteries avec suppression d’appui sont le résultat d’un problème ligamentaire carpien/tarsien ou inférieur. Des radiographies normales de ces zones articulaires doivent faire penser à une lésion relevant de l’ostéopathie. Elles sont relativement fréquentes, notamment chez le chien de course ou de chasse.

Par ailleurs, les troubles congénitaux de ce même système ostéo-articulaire peuvent être rendu beaucoup plus supportables par l’ostéopathie. Ainsi, des dysplasie coxo-fémorales, si fréquentes chez les chiens de certaines races comme les bergers allemands, les labradors retrievers ou les rottweillers, sont manipulables. Il est clair que le dysfonctionnement articulaire de base, la malformation de naissance, ne peut pas être éliminée en elle-même. Pourtant, toutes les compensations induites par celle-ci sont corrigeables ; ce sont ces corrections qui peuvent permettre à l’animal de pouvoir vivre avec une, voire deux articulations lésées sans pour autant être dépendant d’une thérapie médicale lourde, voire d’une chirurgie toujours pénible. L’expérience montre que, dans un certain nombre de cas de dysplasie coxo-fémorale, une visite ostéopathique par semestre suffit à maintenir le système ostéo-articulaire dans un équilibre correct, la symptomatologie classique (boiterie, douleur, etc.) n’apparaissant que peu, voire pas du tout.

Les zones ostéo-articulaires les plus fréquemment atteintes de lésions relevant de l’ostéopathie sont donc assez facile à retenir, car peu nombreuses. La mise en évidence d’une gène ou d’une douleur à ces niveaux doit motiver le praticien à réaliser (ou à faire réaliser) une exploration ostéopathique du patient. Mais, les indications de l’ostéopathie ne se limitent pas aux lésions des structures articulaires. En effet, au même titre que la contracture peut provoquer une irritation des racines des nerfs sensitifs, elle induit en regard de l’étage vertébral lésé une inflammation qui peut toucher le ganglion sympathique. Par ce biais, la lésion ostéopathique crée un déséquilibre de fonctionnement neuro-végétatif de l’organe concerné. Les atteintes susceptibles d’être corrigées par un traitement manipulatoire sont donc des pathologies de type fonctionnel.

Au niveau abdominal, la pathologie la plus classiquement rencontrée est le vomissement non-alimentaire fréquent des chiens de petites races (caniche, etc.). Associé à un caractère nerveux, un blocage de la zone D11-L2 en est souvent responsable. Par ailleurs, les chiens présentant des difficultés digestives de type colites chroniques idiopathiques doivent faire rechercher une lésion ostéopathique de la zone L3-L6. Enfin, les pathologies de la sphère uro-génitale dont l’origine reste inconnue ont parfois leur fondement dans des lésions des articulations lombo-sacrées ou sacro-iliaques.-

Au niveau thoracique, les trachéites chroniques sont entretenus, voire déclenchées par une lésion située dans la zone D1-D3.

La remise en état physiologique de la région lésée lève l’inflammation locale, et donc la réaction sympathicotonique qui en résulte. Cela permet à l’organe concerné de retrouver son homéostasie, ce qui suffit la plupart du temps pour éliminer la pathologie fonctionnelle induite par ce déséquilibre. Cependant, il est illusoire de considérer les techniques manipulatoires comme une panacée dans ce domaine. En effet, un déséquilibre ancien peut amener l’organe atteint dans un état de dégénérescence irrréversible, la manipulation n’ayant alors aucun effet.

A travers ces exemples, on comprend que toutes les pathologies fonctionnelles d’organes sont du ressort de l’ostéopathie, seule ou associée à une médicalisation classique. Néanmoins, les limites sont atteintes lorsque l’organe ne peut plus répondre à la restauration du circuit neurovégétatif.

L’ostéopathie trouve encore son intérêt dans un troisième groupe de pathologies, relatives à la dermatologie. En effet, la réaction neurovégétative par inflammation de voisinage peut s’étendre à la sphère cutanée par le biais des neuromédiateurs. Ces pathologies sont le reflet du reliquat métamérique embryonnaire.

Ainsi, les ulcères du dessus du cou chez le chat sont le signe d’un désordre entre C5 et D2. Les dermites pyotraumatiques localisées du chien, lorsqu’elles sont situées sur la croupe, identifient une lésion L7/S1 ou sacro-iliaque.

Par ailleurs, les otites externes répétitives peuvent parfois être améliorées par une manipulation. On y rencontre en effet fréquemment des blocages occipito-atlantoïdien ou temporo-occipital.

Il est facile de comprendre que dans le domaine de la dermatologie, les techniques ostéopathiques sont une aide à la guérison, un élément supplémentaire dans l’arsenal thérapeutique du praticien, qui prend tout son intérêt dans les pathologies chroniques qu’il est particulièrement difficile d’éliminer totalement.

L’ostéopathie chez les animaux est donc une thérapie d’intérêt primordial, mais actuellement sous-estimée. Cependant, afin de déterminer, dans ces domaines parfois ardus, l’exacte limite des possibilités de la médecine alternative, il est nécessaire de connaître en profondeur l’ensemble de la pathologie vétérinaire. Sinon, des indications erronées pourraient être posées, ce qui n’aboutira jamais à un bénéfice pour le malade qu’est l’animal.